Arbre: rayonnement et ancrage des branches dans le tronc

Je décide d’étudier le rayonnement des branches à partir du tronc, pas seulement dans le plan de la feuille, mais dans toutes les directions. Je cherche à montrer que certaines viennent en avant tandis que d’autres partent derrière.

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Je me rend compte de l’importance des ombres portées, des branches entre elles et sur le tronc. Je les rehausse avec un lavis d’aquarelle.

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Puis je travaille la texture de l’écorce, sans tout remplir pour éviter la monotonie, l’esprit comble le reste… (comme dans les dessins de cathédrales gothiques de William Turner).

(Dessin en blanc et noir dédicacé à Louis et Joëlle ; )

Télécharger à partir de cette page mon petit cours de dessin/peinture figuratifs pour amateurs éclairés et professionnels de la sphère artistique.

Dissimulation.

Je dessine au bord du ruisseau. C’est un besoin vital. Je prie si fort pour faire quelque-chose de correct. S’il n’y a qu’un dessin, je voudrais tant que cela soit celui-là. Je m’installe devant le motif avec la ferme intention d’y mettre tout ce que je sais, d’y mettre toute mon âme.

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Je parviens à peine à y déposer un vieux secret. C’est déjà pas si mal.

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Le dessin. Ah, le dessin!! C’est tout dire et dire bien peu qu’il est la probité de l’art. Certes il y a des « techniques », conditions nécessaires mais tellement peu suffisantes: construction, composition, cadrage, perspectives, points de fuite, couleurs… Il est souvent nécessaire de transgresser les règles. Prenons par exemple la couleur, je connais le cercle chromatique et la théorie des couleurs, je sais faire des mélanges pour obtenir une teinte précise de la réalité; mais je n’ai aucun sens du langage de la couleur! Après 25 ans de dessin, c’est toujours la main tremblante que je prends le pinceau.

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Plus on progresse en dessin, plus on est seul sur le chemin. Aujourd’hui, 95% de ce que je vois me semble terne et sans âme, une occupation oisive, un passe temps.

Le dessin est bien plus que cela, il dévore l’être.

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Animaux sauvages derrière le grillage…

Oui, mais de quel coté?

Nous sommes faits de nos rêves.

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Pour mes enfants…

Dans une société policée et normée; l’éducation doit être un apprentissage de la transgression. Pour le plaisir de monter sa tente sous la présence hostile d’un panneau « camping interdit », pour le plaisr de plonger dans les reflets chatoyants d’une « baignade interdite »… Pauvres enfants, je ne suis pas fier de ce que nous avons fait du monde; mais je peux vous montrer comment le défaire. Car l’ennemi n’est rien.

Car il n’y qu’une seule loi: ne pas faire le mal. Car il n’y a qu’une seule règle: l’amour. Car il n’y a qu’un seul mode: tendresse.

Apprendre a voir.

 C’est l’arbre qui nous apprend a voir.

Au sens de l’évolution biologique tout d’abord, on sait qu’à l’origine, l’ancêtre de l’homme était un animal à habitat terrestre vivant au sol. Mais il fut contraint par la concurrence entre espèces ainsi que par les changements survenus dans son environnement de déserter le sol pour les arbres.

La vie arboricole exige une vision aiguë, mais elle fait moins appel à l’odorat qui joue un rôle fondamental dans la vie au sol. C’est ainsi que l’odorat de l’homme cessa de se développer et que son acuité visuelle s’accrut considérablement. C’est bien l’arbre refuge qui a augmenté la qualité de notre perception visuelle…et a fait désormais primer la vision sur l’odorat.

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Titre: Le pommier (avec balançoire)

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Sur le plan artistique et graphique, ce même constat pourrait être fait pour le dessinateur. L’étude de l’arbre et de sa complexité graphique ou structurelle, en le libérant de la justesse de la forme (encore une fois, on peut déplacer une branche du tronc mais pas un bras) lui permet de focaliser son attention sur d’autres paramètres tels que la qualité de surface et la texture, la perspective des valeurs ou des détails, le toucher proche et le voir lointain . Libérée des contingences de la ressemblance, la main gagne en vivacité et autonomie, elle augmente son répertoire graphique et devient le sismographe de la vision. L’œil qui touche et la main qui voit.

Voilà pourquoi, pour augmenter les qualités tactiles de son dessin, il faut retourner aux arbres!

J’aime à aller sentir (au sens de « renifler ») l’arbre avant de le dessiner, de caresser son écorce pour m’imprégner de sa texture. Parfois aussi, besoin de me salir les mains avec de la terre.

Gratouilleur de papier…

Je décide de m’asseoir devant le buisson de ronces -dense et touffu- et de me confronter à la confusion du feuillage.

Je ne veux pas d’une planche de botanique, d’un herbier de fleurs séchées, mon regard n’est pas scientifique!. Non, ce que je veux, c’est pénétrer dans ces ronces qui me font barrière et pour cela je dois m’abandonner à la lutte, entrer dans la profondeur de la vision. Je connais peu de peintre, lorsqu’ils font un arbre, qui savent faire partir les branches dans toutes les directions à partir du tronc, la plupart sont dans le plan du tableau. Il n’y a que Shiskin qui me vient à l’esprit.

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Voici un arbre « classique »……………..et un peint par Shiskin. (Vous pouvez cliquer pour agrandir et voir la différence de traitement et le déploiement des branches dans l’espace.)

De même que je ne connais pas beaucoup de dessins qui entre dans la confusion du feuillage, dans la profondeur de sa corporéïté….

Je décide donc d’aller me frotter à ça. Non pas juste de dessiner, mais bien d’être dans le dessin. C’est toute la différence. Ce buisson fait « pelote », et je n’ai pas envie de coller des fils à plat sur une feuille!

(Note: On peut faire de très belles images, par de la patience, en gratouillant. Parfois même mieux que la photo: hyperréaliste dit-on! Reste que pour moi, ce n’est pas du dessin, c’est du point de croix, du gratouillage… C’est un des grands dangers de l’académisme).

Un peu perdu devant la complexité du motif, je commence timidement en « prise serrée », puis au bout d’un moment, la main se lâche et devient plus souple. J’alterne petits détails et sprezzatura. J’en ai plein les mains et plein le dos.  J’en ressors après plusieurs heures d’une concentration épuisante – c’est fatiguant de dessiner! – content: je suis bel et bien aller me griffer l’esprit dans ces ronces de mûrier.

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Titre: Buisson de ronces (pelote)

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32,5 x 50 cm Mine graphite Oui 10 € D8 mail

 

Tout le monde s’en fou de cette différence, de ce que je cherche à atteindre, et combien comprenne ce que je cherche à dire… Une seule certitude me réconforte: je ne suis pas un gratouilleur de papier!!

 

Peinture moderne contre peinture classique… figuratif contre abstrait…

Peindre avec un modèle sous les yeux est-il un enfermement?

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Titre: Sous bois

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Mr Harold Rosenberg, critique d’art et chef de file des peintres d’actions américains défend la conception du tableau  comme la situation vécue dans l’acte de peindre. Ce qui importe n’est plus l’idée, ou l’émotion contenue, mais l’action: « Pour chaque peintre américain, il arriva un moment où la toile lui apparût comme une arène  à son action -plutôt qu’un espace à reproduire, recréer, analyser ou « exprimer » un objet réel ou imaginaire. Ce qui devait se passer sur la toile n’était pas une image, mais une action« . Cette action doit être non contrôlée, inattendue et surtout pas soumise à une idée préconçue dans l’esprit du peintre.

Ainsi donc, depuis 1945, il devient ringard et désuet de réfléchir et de concevoir dans l’esprit. Travailler d’après croquis, composer, étudier la nature devient le critère d’une peinture ringarde qui situe dès lors le peintre ou le dessinateur dans l’archaïsme. En effet, toujours selon Rosenberg : « Ce qui se passe sur la toile doit être inattendu!  Dans cette optique il est inutile d’agir si on connaît par avance les résultats de cette action!« .

Quelle fumisterie séductrice pour l’intellect, mais dont chaque peintre honnête connaît la vacuité et l’inconsistance. Il se trouve que c’est à la Renaissance que la peinture a acquis son statut d’art majeur en tant que porteuse d’une idée, d’une recherche et d’une démarche intellectuelle. C’est ce qui, à l’époque, permets de distinguer l’artiste de l’artisan, d’une simple technicité habile, bref d’une action.

En tripatouillant la matière picturale sans idée préconçue, le peintre se prive donc de l’essentiel de ce qui fait son art. Peindre ne peut se réduire à l’action de peindre dans une « arène » vide de sens; c’est pourquoi « l’action painting » est une impasse car peindre sans réflexion n’est justement pas peindre! Le « all over » in nowhere, et la taille ne fait pas la grandeur: la taille monumentale des toiles américaines est inversement proportionnelle au contenu.L’expressionnisme abstrait n’expose que des procédés techniques répétitifs. Hypocrisie de l’esprit:  où est la spontanéité chez Pollock qui applique toujours la même recette factice et facile du « dripping »; en avoir vu un, c’est les avoir tous vu!!

Pré-concevoir, réfléchir, faire des croquis préparatoires, étudier la nature n’est pas « illustrer une  idée » car il y a toujours une part d’accidentel et de non contrôlé. Plus que jamais, dans l’art figuratif, chaque touche posée sur la toile en appelle une autre, chaque teinte colorée demande à s’harmoniser avec l’ensemble.  Il n’y a pas d’opposition entre figuratif et abstrait, et cette distinction ne peut faire la valeur artistique du tableau. C’est figuratif donc c’est ringard et c’est nul; c’est abstrait donc c’est original et moderne. Quelle chimère! Il y a plus d’abstrait et de sensibilité à la matière picturale et la couleur dans un Turner ou un Rembrandt que dans un Rothko, un Newmann ou un Pollock. Ce n’est pas aux États Unis que l’abstraction va trouver un second souffle, mais là bien là où elle s’essouffle. La capitale de l’Art n’est pas New York, ni Paris, mais là où se trouvent les peintres créateurs!

La « fin du plaisir rétinien », la « mort de la peinture », « figuratif » contre « abstrait », « moderne » contre « classique »… des conneries que tout cela !!. Rien que des étiquettes pour classifier, mais l’étiquette n’est pas le fruit. Ce discours est stérilisateur. Chaque peintre abstrait digne de ce nom (Kandinsky, Mondrian…) construis sa sensibilité sur une culture picturale classique et l’étude de la nature! Et chaque peintre figuratif se doit aujourd’hui d’engranger les découvertes de l’abstraction pure. Il ne s’agit pas pour le peintre de voir des oppositions entre des tendances, mais bien de prendre ce qui est bon à prendre pour sa sensibilité. Qu’il ai un motif sous les yeux, qu’il fasse des croquis préparatoires ou bien qu’il improvise sur la toile, ce qui compte c’est bien ce qu’il m’apporte, ce qui me touche.

Intellectuel ou rétinien, la matière de la peinture c’est le plaisir du faire.

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Titre: La belle famille

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C’est sans importance… (Je ne dessine pas pour « faire joli »).

Qu’est-ce que peindre ou dessiner aujourd’hui? Peut-on encore considérer la toile comme un objet dont la finalité serait d’être accrochée sur un mur? (Que ce soit celui d’un musée, d’une galerie ou -au pire ou au mieux c’est selon- dans l’appartement d’une connaissance.)

Dans notre civilisation occidentale, la peinture répond  à sa fonction sociale qui est précisément d’être accrochée sur un mur, fonction qui détermine sa forme. Mais, s’accordant avec la couleur des rideaux, la peinture ne peut se réduire à décorer un appartement. C’est contre cette finalité que Picasso en fait un « instrument de guerre ». Le moderne ne crée pas pour « faire joli », mais pour « dire quelque-chose ». Soit.

Notons que les deux ne sont pas incompatibles!

Voilà déjà ce que répondre au fameux « Bein moi, je mettrai pas cela chez moi!! ». Certes la compréhension demande une éducation artistique pour faire face à cette objet que je ne comprends pas, et sortir de cette réponse Pavlovienne qui ne révèle en fait que le manque de clefs. Certains tableaux ne sont simplement pas faits pour « mettre chez soi » mais bien pour que ce soit nous qui nous y mettions. Ce n’est pas le manque de moyens (financiers) qui nous empêche d’emporter le tableau, c’est le manque de moyens (intellectuels) qui nous empêche d’être emporté par lui.

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Titre: C’est sans importance…

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32,5 x 50 cm Mine graphite Oui 10 € D7 mail

On peut peindre autre chose que pour faire joli sur un mur, c’est un fait; le danger devenant alors de peindre pour faire joli pour l’esprit, pour décorer le mur de ses pensées. En ce questionnant sur elle même et sur ses propres limites, sur sa fonction et sa finalité, la peinture du XX° siècle se libère d’une cage pour entrer dans une autre. Cette libération salutaire en son temps des contraintes de la mimésis et du beau déplace son champ dans une recherche ontologique (qui porte sur elle même): Pourquoi je peins? A quoi cela sert? Quels sont les moyens à disposition? Qu’est-ce que la peinture? Qu’est-ce qu’un tableau?… Et le serpent se mord la queue et tourne en rond dans cette nouvelle liberté!!

A force de « Tabula rasa » (faire table rase) et de remettre le couvert, force est de constater que l’on n’a plus grand chose à se mettre sous la dent aujourd’hui. La peinture est une chose trop profonde pour se laisser enfermer dans sa superficialité!.

Les données modernes de la planéité et de la frontalité servant à remettre en cause l’essence du tableau de chevalet ont aussi réduit la peinture à la finalité de son interrogation nombriliste.

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Titre: Mes enfants me manquent

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32,5 x 50 cm Mine graphite Oui 10 € D9 mail

Chaque peintre, un tant soit peu honnête avec lui même, est confronté à cette question fondamentale: « Pourquoi je peins? A quoi cela sert? ». Et chacun plus ou moins honnêtement intellectuellement y apporte sa réponse.

L’ intellectuel cultivé cherchera à se positionner au sein d’une conception historique et donc d’apporter son maillon à la longue chaîne d’une « histoire de l’art ». Le fumiste incapable de mieux cherchera à faire son petit scandale personnel dans une opinion publique déjà blasée et dont les valeurs se sont écroulées depuis longtemps. L’arriviste matériel, s’il veut vendre, fera ses choix en fonction de la demande d’un public plus ou moins averti, allant du coucher de soleil à contre jour ou de chatons dans un panier pour mettre dans le salon; à une abstraction matiériste vide de sens mais toujours soumise à une fonction décorative. Est-ce tout? Est-ce cela peindre?

Partons d’un autre postulat: Tu veux peindre? Réellement? Et si on te coupe la main, cela serait-il un obstacle à ta volonté? Pensons à Renoir en fin de vie, les mains bouffies par arthrose et qui ne pouvait même plus presser ses tubes pour en faire sortir la peinture, et dont c’est le fils qui fixait ses pinceaux à ses bandages!!

Si peindre est une nécessité vitale, autant que boire, manger ou dormir, alors oui, tu veux peindre. Réellement. Alors que dois tu peindre? Tout cela ne répond pas à la question initiale!! Il faut peindre cette nécessité vitale qui est en toi, ce propre cheminement qui est le tien, cette manière d’être aux choses et au monde. Il faut peindre ce que tu es, non pas ce que tu as (de culture, de connaissance(s), de moyens…).

C’est pourquoi la peinture est un acte profondément solitaire où il n’y a pas d’autres chemins que celui de sa boussole intérieure, d’autres errances que sa propre expérience de vie.

Peindre c’est  accoucher de soi même au monde, de sa belle individualité. Le reste n’est que sornettes et flagorneries.

 

Plus devant, mais dedans…

Au moment où il vient d’acquérir un certain savoir faire, le peintre s’aperçoit qu’il a ouvert un autre champ où tout ce qu’il a pu exprimer auparavant est à redire autrement. De sorte que ce qu’il trouvé, il ne l’a pas encore, c’est encore à chercher, la trouvaille est ce qui appelle d’autres recherches (…) C’est pourquoi durerait-il encore  des millions d’années, le monde, pour les peintres, s’il en reste, sera encore à peindre.

Je cherche à mettre en place une nouvelle perspective plus « sensorielle qu’optique ». Au loin, l’objet la présence diffuse d’une silhouette, sans détails. Plus je me rapproche, plus le contraste augmente ainsi que la clarté de la ligne et du contour; mais l’ensemble prime encore sur le détail. A proximité, à « bout de bras »; je peux toucher, sentir, caresser. La texture, la qualité de surface prime sur la forme.

(Note technique: avec le rapprochement, je change la tenue de mon crayon. Je passe ainsi de la prise « souple » (le crayon aligné sous le pouce et avec plus d’ampleur dans le mouvement du poignet et du bras) à une prise plus « serrée » (le crayon est tenue comme pour l’écriture, plus précise, mais moins souple).

Je ne suis pas « devant l’arbre », je suis « sous l’arbre », il m’englobe de sa présence. « Je ne le vois pas selon son enveloppe extérieure, je le vis du dedans, j’y suis englobé » (Merleau-Ponty). Plus encore, et les peintres l’ont souvent dit; les choses nous regardent. « Dans la forêt, j’ai senti à plusieurs reprises que ce n’est pas moi qui regardait la forêt. J’ai senti, certains jours, que c’étaient les arbres qui me regardaient, qui me parlaient… Moi, j’étais là, écoutant… Je crois que le peintre doit être transpercé par l’univers et non vouloir le transpercer… J’attends d’être intérieurement submergé, enseveli ».

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Titre: Sous l’arbre

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32,5 x 50 cm Mine graphite Oui 5 € D9 mail

La feuille, le support ne contient plus le motif; c’est le motif (l’arbre) qui « s’expande »  dans le format. Non pas en « tournant autour de l’arbre » comme dans le Cubisme -qui est toujours une mise à distance -frontale- mais en changeant de point de vue: je suis sous l’arbre, je suis dedans. J’ai le sentiment que c’est lui qui vient à moi, m’englobe dans ses branches.

D’où l’importance du cadrage et du hors champ: la branche qui resurgit dans le champ, après avoir disparue de la vision, joue exactement le même rôle que l’admoniteur (dans la peinture classique, ce personnage du premier plan qui désigne la scène et invite d’un regard ou d’un geste le spectateur à « entrer dans le tableau »). Sauf que là, ce n’est pas une fenêtre (« albertienne »), le mouvement de l’espace n’est pas le même, c’est bien lui qui surgit, qui vient à moi.

art-borescences dessin ecorce mousse brindille branche profondeur sensorielle (détail)

Lâcher prise… (dissolution).

Pourquoi est-ce si long de devenir peintre? Les autres arts semblent pouvoir permettre une maîtrise beaucoup plus jeune, beaucoup plus tôt. On peut être un musicien virtuose à vingt ans, pas peintre!  La peinture plonge ses racines dans le terreau même de la vie, elle se construit sur le chemin personnel de nos existences. La construction de l’œuvre se constitue sur une durée pour se matérialiser dans un être là définitif. Chaque trace de l’outil porte l’histoire même de ce qui la constitue. La peinture et le dessin absorbent l’âme toute entière et nous mets seul en équilibre au bord du néant, de l’inconnu. Les premiers hommes la pratiquaient au sens littéral, et l’homme sauvage qui reste en nous le sait; on ne peint pas avec de la peinture, on peint avec son sang, avec ce qui vient de soi. Ce que le peintre regarde n’a pas d’importance, ce qui importe, c’est comment il voit. (« Il n’y a pas de mauvais sujets, il n’y a que de mauvais dessinateurs« ). L’art est donc ce qui permet de partager ce regard sur les choses.

Après avoir souffert, être devenu suffisamment fort pour porter ses faiblesses, on parvient alors à assumer son existence telle qu’elle est, on parvient à entrevoir la possibilité de « lâcher prise ». On peut alors se libérer de la tension interne, et peindre, enfin, peindre.

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Titre: Lâcher prise

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32,5 x 50 cm Mine graphite Oui 5 € D8 mail

Vieillir, c’est comprendre et accepter que le monde ne tourne pas autour de soi. Il faut toute une vie pour lâcher prise face à la vie, laisser être ce qui est. Il faut aimer la vie car la vie est comme l’amour, cet apprentissage d’acceptation de ce qui est extérieur et différent de soi. L’extérieur ne m’enrichit que si je le laisse être ce qu’il est, aussi faut-il vouloir vivre jusqu’à se dissoudre dans l’existence. C’est d’ailleurs la seule chose que l’on puisse faire; c’est si évident et pourtant si difficile. C’est l’amour et le regard des autres qui ouvre le misérabilisme de nos petites vies et leur donne l’éclat du diamant dans la perle de rosée qu’est notre existence. Dans la confusion de la vie, l’amour est la seule boussole: chacune de nos histoires est différente, mais la leçon est bien la même.

Il n’y a pas de solution, pas d’autres solutions, pas d’autres mode d’emploi pour s’en sortir dans l’existence: arrêter le combat, lâcher la tension, s’ouvrir aux choses et aimer. La solidité de l’arbre tient d’avoir ses racines enterrées et ses branches inatteignables. Ainsi est-il sage de na pas se préoccuper de ce qui se passe sous le terre, ni dans le ciel. Le tronc est l’ethos de l’individu.

Dissous toi dans ce qui est.

Les mains rêvent…

Le dessin n’est pas la projection de l’objet sur le plan de la feuille, mais la révélation d’un regard. Le plan est une surface sensible où émerge, se révèle la vision de celui qui dessine. (Parfois je perçois la feuille comme un « bac à sable » dans lequel je plonge mes mains rêveuses d’enfant.)

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Titre: Les mains rêvent

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32,5 x 50 cm Mine graphite Oui 5 € D8 mail

Pourquoi je dessine? Je me souviens enfant de l’attention et des compliments que je parvenais à obtenir d’un entourage que trop indifférent. Chez ma grand mère, je dessinais pour tromper l’ennui et la tristesse. C’est toujours le cas quarante ans plus tard. Je réalise que le dessin à toujours été ma manière d’exister, ou plutôt, de me croire existant pour les autres, une volonté inconsciente de l’enfant intérieur d’attirer le regard.

La peinture est une chose dangereuse, ne laissez pas vos enfants jouer avec!!

Dans le règne végétal, la même loi s’applique à tous: se faire à tout prix une place au soleil en évitant de se laisser recouvrir et étouffer par les autres. (Les animaux de part leur mobilité, on la naïveté de s’en croire exempt).  Comme le papillon de nuit sur l’ampoule chauffée à blanc, je me cogne avec mon crayon à l’indifférence de la nature. « Ainsi donc le monde se fou de moi? » se dit l’enfant; il n’avait pas besoin de moi pour exister, et il continuera sans moi. Vieillir, c’est comprendre et accepter que le monde ne tourne pas autour de soi.

Notre force d’adulte se construit toujours sur les faiblesses et les blessures de l’enfance. « Je suis là. Regardez moi! » Et ces branchages, ces ronces qui barrent la vue, c’est quoi qu’il y a derrière? C’est ce manque en moi. Envie d’en vomir le des-sein nourricier. La vie en chacun de nous est habitée en grande partie de ce qu’il a reçu de sa nature/mère nourricière.

(Note: abandonner par peur de l’abandon. Les schémas de l’enfance qui poursuivent toute la vie. Puis abandonner à nouveau, cette peur enfin, pour pouvoir s’abandonner soi même. L’analyse n’est pas une conversation ni un échange entre le psychologue et le patient, mais une confrontation entre patient et lui même. D’où la nécessité de silence.  » Je me tais pour que tu t’écoutes« . Le dessin m’apporte cette confrontation de manière encore plus prononcée. Plus que m’écouter (sans forcément m’entendre), le dessin me montre ce que je suis à l’intérieur.).

La créativité est une des bases de notre capacité à soigner notre psychisme, à la guérir. Elle fait partie de nos outils inconscients pour surmonter les épreuves, comme toutes les activités qui mettent en scène notre capacité à rêver et à agir. Mais il ne suffit pas de produire, de créer avec ses mains: il faut que les fantasmes créateurs habitent l’objet créé pour faire de l’élan créateur une force réparatrice.

 

Hivernage: je ne suis pas mort!

« Je ne sais pas d’art qui puisse engager plus d’intelligence que le dessin » (Paul valery)

Titre: Hivernage

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32,5 x 50 cm Mine graphite Non 5 € mail

Le dessin est une dissection de l’esprit par l’esprit. Je dessine pour ne pas être moi même étranger au monde que je regarde car les vraies interrogations de l’existence, de notre être au monde, se font à travers le dessin. Penser, c’est dessiner et dessiner c’est penser: je pénètre dans le sujet et assiste en fait à ma pensée.

Savoir dessiner, savoir regarder se mérite par un travail assidu et l’interrogation incessante de notre être au monde. La nature ne s’offre pas à des yeux inexercés. En dessinant une vieille branche, je ne suis pas seulement dans la simple retranscription optique, mais témoin de la vision qui se fait en moi. L’esprit parle à l’esprit dans le bruissement du crayon. La spiritualité du dessin, l’acte de dessiner agit directement sur la substance de l’être. Prendre le temps de dessiner, c’est prendre le temps de réfléchir à son mode d’existence. Le dessin -et la solitude- aide à établir ce silence d’esprit qui me connecte avec moi même et au monde.

« Je dessine pour voir ce que je vois ». (Alberto Giacometti).

Le pommier

Titre: Le pommier

Dimensions Technique(s) Disponible Photo HD Prix Contact
32,5 x 25 cm Mine graphite Oui 5 € D6 mail

La pratique du dessin d’observation me donne la présence des choses, du monde, des autres.  L’objectif est donc loin de réussir un joli dessin, mais bien celui d’interroger mon propre regard, d’établir un réel contact avec le sujet observé, avec le réel.

Je dessine pour glisser tout droit dans la réalité, j’en ressors changé, enrichi, et capable de susciter un renouveau dans ma vie. Je dessine pour que la réalité déchire les mots et les images qui la dissimule et pour qu’elle s’impose dans sa nudité. Un exercice de dessin ne se possède pas, il se vit. Un dessin me touche, m’émeut par ce qu’il est l’écho de l’empreinte de vérité qu’il a gravé au tréfonds de moi même.

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Apprendre a dessiner… encore…

Titre: Sapin enneigé

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32,5 x 25 cm Mine graphite Oui 5 € D6 mail

Parfois la difficulté à dessiner me plonge dans un désarroi aussi profond que celle de vivre. Le dessin confronte au dessein de l’être. Seul le premier s’enseigne, le second s’acquiert dans la solitude.

Pour réussir un dessin, combien faudra-t-il en avoir raté? Combien de frustration accumulées et de rage contenue. Parfois je me demande pourquoi je m’évertue depuis tant d’années à dessiner des arbres et de vieilles branches dont personne n’a rien à faire et dont je ne retirai certainement jamais une quelconque « reconnaissance artistique », hormis de quelques autres dessinateurs. D’ ou me vient cette « nécessité intérieure »? Elle vient du dessin lui même. Car apprendre à dessiner, c’est apprendre à regarder, et -parfois- voir.

Apprendre à dessiner, ce n’est pas acquérir une technicité, c’est utiliser ses propres angoisses pour se confronter à l’écorce de l’existence. On ne dessine pas « pour réussir dans le monde de l’art », mais pour étoffer la ramure de son être. Apprendre à dessiner, c’est apprendre à vivre.

C’est pourquoi le dessin permet de partager nos indicibles solitudes.